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Espargoule ‘pariĂ©taire; asperge’

Espargoule « pariĂ©taire; asperge Â» vient d’un latin mĂ©diĂ©val des botanistes spergula « plante du genre Galium« (?). Les botanistes du Moyen Âge, qui Ă©taient en gĂ©nĂ©ral mĂ©decins et pharmaciens, ont latinisĂ© le mot provençal espargoulo un dĂ©rivĂ©  du latin asparagus « asperge Â».  Le nom espargoulo  est limitĂ© au provençal + le dĂ©partement du Gard, attestĂ© notamment Ă  Saint-AndrĂ© de Valborgne. Voir Le FEW XXV, 464 pour les attestations, colonne Ă  gauche, Ă  partir de 2aα. En  languedocien espargola, espargou(l) dĂ©signe « l’asperge Â» ! Attestations dans la mĂȘme page, en bas Ă  partir de 2aÎČ.

L’histoire de ce mot provençal se trouve Ă  la page 466 et est rĂ©digĂ©e en FRANÇAIS.  Il suffit de cliquer sur le lien !

parietaire    pariĂ©taire Parietaria_officinalispariĂ©taire.      asperge-sauvage asperge sauvage

Spergula a Ă©tĂ© adoptĂ© par LinnĂ© (1753) comme nom d’un genre de plantes herbacĂ©es de la famille des CaryophyllacĂ©es. (Wikipedia)

spergula arvensis spergula arvensis

Rebaladis

Rebaladis « train, embarras, remue-mĂ©nage Â» CantĂ© rĂ©baladis « Quel tracas! Quel tapage Â» (S).  RĂ©bala « trainer Â»; rĂ©balado « femme livrĂ©e aux plus honteux exces Â»; jhita uno peiro dĂ© rĂ©baleto « tirer une pierre terre Ă  terre Â». En français rĂ©gional de NĂźmes des rebaladis, rabalinques, rambaladis sont des  « choses inutiles Â»,  synonymes de rounhes, trastes, enquestres (Job; Castanier).

Alibert donne une quinzaine de dĂ©rivĂ©s dont les sens s’expliquent Ă  partir du verbe rebalar « traĂźner, entraĂźner; glisser; ramper Â», et  comme verbe rĂ©fl. « se traĂźner, ĂȘtre malade, ramper devant quelqu’un; avoir des rendez-vous suspects (entre amoureux). Â»   En Camargue: « un raseteur peut se faire rabaler par un taureau Â» voir Domergue.

Dans les langues romanes et germaniques il y a des groupes de mots qui ont comme base une racine *rabb- et qui dĂ©signent des activitĂ©s qui font du bruit comme français rabĂącher, ancien français rabaster « faire du tapage Â», ancien occitan rabasta « querelle, coups de bĂąton Â», en occitan moderne rabastĂĄ « ramasser, racler Â», et le rĂ©sultat : rabasta « dĂ©bris de filage de soie; denrĂ©e de rebut Â»; languedocien « provision de bouche qu’un journalier porte aux champs Â» (S2); Ă  NĂźmes « embarras, bagage de toute sorte  Â» selon Mistral.

En francoprovençal et en occitan existe le type rabalĂĄ « traĂźner (avec du bruit) Â», dont est dĂ©rivĂ© rabalado « traĂźnĂ©e, action de traĂźner; les avanies que l’on fait subir Ă  quelqu’un Â» (Ales), rabaladis « bruit qu’on fait en traĂźnant quelque chose; train, embarras; personne embarrassante Â» (Ales), robolodis « frĂ©quentation suspecte avant le mariage; affaire ennuyeuse, qui trĂąine; dĂ©sordre, confusion. Â»

Le FEW  suit Ronjat et rattache le groupe avec -lh- ou –y- Ă  la mĂȘme racine *rabb- : rabalha « ramasser ce qui traĂźne par terre avec un balai, les mains etc Â»  La plupart des attestations de ce groupe viennent de l’est du RhĂŽne, mais il y a aussi le languedocien a rabalhous « Ă  foison Â».

L’évolution sĂ©mantique de ce groupe est trĂšs variĂ©e et aboutit Ă  des notions assez vagues, mais le noyau reste toujours « traĂźner Â».  Par exemple dans la Gazette de NĂźmes, n° 504, rubrique Lenga d’oc l’auteur Joanda donne la phrase « Il te rabale un raumĂ s que je te dis pas Â» = Il a la crĂšve


Boulechou

Boulechou « filet de pĂȘche utilisĂ© sur l’étang (sc. de Thau), tirĂ© par deux nacelles Â» (CovĂšs). Alibert boleg, bolieg « boulier (filet de pĂȘche); pĂȘche Ă  la traĂźne. DĂ©rivĂ© bolejon « filet de pĂȘche Ă  mailles Ă©troites Â». Catalan bolitx.  Bouletchou  vient du grec  ÎČÎżÎ»ÎżÏ‚ (bolos) empruntĂ© par les Romains  > latin bolus « coup de filet Â». Une vidĂ©o sur la pĂȘche au bouletchou. Ă  MĂšze.

Le boulechou [boulĂ©tchou] qui s’appelle ailleurs bouliĂ©, bouliech (Mistral) et en ancien occitan bolech (Levy) a subi une mĂ©tamorphose en passant au français pour devenir un Â»boulier« .

  

Pourtant le boulechou « boulier Â»  n’a rien Ă  voir avec la pĂ©tanque.

L’histoire de ce mot est assez amusante et montre l’ignorance des Français de la langue occitane. En occitan existe le mot bĂČu « coup de filet; produit d’une pĂȘche par bateau; poste que doit occuper un pĂȘcheur pour ne point endommager les filets des autres Â». Mistral donne les formes bĂČu, vol et bol pour le languedocien. Tira lou bĂČu « lever le filet Â». L’étymologie de ce mot est le latin bolus « coup de filet Â» ou directement le grec ÎČÎżÎ»ÎżÏ‚ .

Mais il y a un autre bĂČu ou buou en occitan. Il faut dire que ce bĂČu venant du latin bovem « boeuf Â», est plus  connu  et les francophones ont confondu bolus > bĂČu « coup de filet Â» et bovem > bĂČu « boeuf Â» de sorte que nous trouvons dans le TLF s.v. boeuf « Bateau-bƓuf, chalut-bƓuf.  Le chalut-bƓuf est un filet tirĂ© par deux bateaux opĂ©rant comme une paire de bƓufs traĂźnant une charrue«  (A. BOYER, Les PĂȘches mar., 1967, p. 54). Â»  Cette explication de A.Boyer est erronnĂ©e bien sĂ»r. Il s’agit d’une forme d’explication qu’on appelle Ă©tymologie populaire, mais l’image est tellement forte qu’on a appelĂ© le mĂȘme type de filet tirĂ© par un seul bateau une vache.(Je n’ai pas encore retrouvĂ© l’attestation). Voir pour une histoire analogue l’article ser volant.

une vache

D’aprĂšs le TLF le boulechou s’appelle en français la « dreige », le « gangui », la « drague » ou « chalut » (
) et est constituĂ© par une poche conique ou quadrangulaire fabriquĂ©e en filet, qui est traĂźnĂ©e sur le fond, l’ouverture bĂ©ante (BOYER, PĂȘches mar., 1967, p. 53).


Mon texte et l’image ci-dessus viennent de Henri de la BlanchĂšre, La pĂȘche et les poissons. Paris 1868. Vous voyez qu’en 1830, bien avant les dĂ©crets de Bruxelles, il y avait dĂ©jĂ  une rĂ©glementation trĂšs stricte concernant la pĂȘche avec lou boulechou.

Le contrĂŽle n’a pas Ă©tĂ© assez sĂ©vĂšre, puisque de nos jours le Chalut pĂ©lagique ou le boulouchou ou boulier ou gangui est un piĂšge Ă  cĂ©tacĂ©s. Prises accessoires de cĂ©tacĂ©s, une menace pour la biodiversitĂ©.La flotte française de chalutiers pĂ©lagiques est, de loin, la plus importante d’Europe. Voir le site de  Greenpeace pour plus d’information.

Le mot français boulier « long filet Ă  poche traĂźnĂ© par bateau le long des cĂŽtes ou tendu aux embouchures des Ă©tangs salĂ©s Â» est un emprunt Ă  l’occitan. Le dictionnaire de Bescherelle de 1845 hĂ©site entre diffĂ©rentes graphies : boulier, bouliĂšche, boulliĂšre, bouillette, bouliche, boulĂšch. Voir Ă  ce propos le TLFboulier.

Le fils de Raymond Jourdan de Montagnac  m’a envoyĂ© en commentaire :

Bonjour,
dans ses souvenirs, mon pĂšre Ă©voque un bateau, au Grau d’Agde, qu’il appelle « mourrĂ© dĂ© porc Â»(bateau Ă  l’étrave camarde) qui servait pour la pĂȘche avec un filet tirĂ© par deux bateaux appelĂ©s en français bateaux-boeufs.
Dans Mistral (page 1078), je trouve Ă  l’article VACO, BACO, BAQUE, VACHO la dĂ©finition suivante :
« faire la vaco Â» : se dit d’une tartane qui traĂźne un filet de pĂȘche, par opposition Ă  « faire lou buou Â», qui se dit de deux tartanes qui traĂźnent un filet de conserve.
On retrouve donc la vache et le boeuf comme vocabulaire de la pĂȘche en MĂ©diterranĂ©e.

J’aimerais connaĂźtre la source de Mistral.  Dans son article boulier, boulietch  il Ă©crit que le bouliech est une mĂ©thode de pĂȘche sĂ©toise.

     

La forme  bĂČu du latin bovis  « boeuf Â» est trĂšs, trĂšs rare en occitan, et mĂȘme  inconnue en languedocien oĂč on dit biou  (Voir le Thesoc).   BĂČu, bol signifie « coup de filet Â» et vient en effet du grec ÎČÎżÎ»ÎżÏ‚ comme il Ă©crit.  A un moment quelqu’un, un estranger ?, a confondu  le bĂČu  et le biou,  pour rigoler,   ce qui a abouti au chalut-boeuf, et la vache.   Faire un bĂČu blanc « ne rien prendre Â»  (Mistral).  

 

 

 

Bouler ‘mesurer’

BoulĂĄ, bolar, (a)bouler  « mesurer  les coups au jeu de boules Â». (Voir RenĂ© Domergue, Avise, la pĂ©tanque!).    A Die bolar « mesurer la distance entre les palets et boules Â» Schook, bolaire « but, cochonnet (pĂ©tanque) Â»  Schook.  boulĂĄ « mesurer la distance entre les boules et le but Â» (Schook, TriĂšves).

 

Dans le Midi la racine, probablement celtique, est  *botina L’étymologie de boulĂ , bolar mĂ©riterait des recherches approfondies1  *Botila  est attestĂ©e comme bodula dans des textes en latin mĂ©diĂ©val de Toulouse et du Limousin. Plusieurs pages avec les variantes dans Ducange , dont:

En ancien occitan existaient existaient : borna, boina, bozola, bodne et bola.Ce dernier surtout en Auvergne. Bola  « borne Â» est attestĂ© chez Borel en 1655.

Mistral nous fournit toute une sĂ©rie de formes des diffĂ©rentes langues d’oc:

En occitan moderne nous retrouvons les mĂȘmes variantes  d’aprĂšs les donnĂ©es trĂšs incomplĂštes du  Thesoc : boina* CORREZE, CREUSE DORDOGNE, HAUTE-VIENNE. bĂČla ALLIER, CORREZE  LOT-ET-GARONNE, PUY-DE-DOME. boliĂšra TARN-ET-GARONNE. bosĂČla TARN-ET-GARONNE

et le dĂ©rivĂ©  « borner Â» : boinar* CREUSE, HAUTE-VIENNE. bolar CORREZE, PUY-DE-DOME. bornar CORREZE, CREUSE
DORDOGNE, HAUTE-VIENNE, PUY-DE-DOME. botar CORREZE.

Une  racine gauloise   *bodina a Ă©tĂ© reconstruite Ă  partir du vieux irlandais buden,buiden « troupe, groupe armĂ©e Â», et le gallois  byddin.  Il reste le problĂšme sĂ©mantique; on voit mal  le sens « troupe, armĂ©e Â» passer Ă  « borne Â».  Il y a d’autres racines celtiques qui sont phonĂ©tiquement proches  comme boduo « combat Â» et bodio « jaune, brun Â», mais  le passage au sens « borne, limite Â» n’est pas non plus facile Ă  expliquer.

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  1. Nous le trouvons  dans le  FEW , une fois dans l’article bulla  « bulle, petite boule Â»,  et ensuite  dans l’article  *botina  « borne Â» oĂč il cite l’abbĂ© de Sauvages (S1)  boulejha ou voulejha « ĂȘtre limitrophe, ĂȘtre contigu, se toucher Â».  D’aprĂšs J.-P. Chambon il faut corriger : Die boular   de  bulla  I, 611a vers  botina  I, 466a(1. TrLiPhi n° 664). ↩

Trule

Trule  s.m. 1. viscĂšre; 2. boyau; 3. boudin; trulet (1) s m. boudin; trulet (2), truleta  « enfant ventru Â». (Panoccitan); trullĂ© « homme ventru Â» (S); trunle « boudin; homme gros, goinfre Â» (Die); trular « avaler avec prĂ©cipitation des quantitĂ©s Ă©normes de liquide Â» (Queyras); estrular « faire des efforts ou porter des coups au ventre au point de faire sortir les boyaux Â»; plusieurs dĂ©rivĂ©s dans le dĂ©p. des Hautes Alpes, comme estrulĂ  « Ă©ventrĂ©, Ă©gorgĂ©, dont les boyaux sortent Â». Les attestations sont limitĂ©es Ă  l’Est du domaine occitan, jusqu’au RhĂŽne, plus une Ă  AlĂšs. La premiĂšre date de 1411 d’un texte des Alpes maritimes.

Cette famille de mots est d’origine inconnue (FEW XXI, 470) (si vous avez une idĂ©e ??) et aucun des informateurs des Atlas linguistiques ne donne une forme qui y ressemble. (Thesoc).

Pourtant Google me donne « La trulle est une variante niçoise du traditionnel boudin noir. Il reprend un des ingrĂ©dients de base de la cuisine niçoise Ă  savoir la blette. La farce est additionnĂ©e de blette et de riz. Elle se mange chaude ou froide. Â» Wikipedia. Une recette de La trulle niçoise. Le plus intĂ©ressant linguistiquement parlant  est  le trulet als cebas attestĂ© Ă  Montauban, dans le Tarn et Garonne,   D’aprĂšs le site http://lavieillechouette.com/, bourrĂ© de bonnes recettes et d’expressions locales, trulet  signifie « boyau Â» et « boudin Â» dans cette rĂ©gion. Comme ce site est en pleine transformation, j’ai imprimĂ© la page en PDF concernant les diffĂ©rents types de trulet, que vous pouvez consulter ici: trulet_Montauban , qui fait partie des CARNETS DE LA « VIEILLE CHOUETTE Â», plus spĂ©cialement de Lou darriĂ©r viatge de Mossiur lou Tessou.

trulle niçoise

Trenco, trinca ‘pioche’

Trinquo forta, trinca forta (Raymond Jourdan, Montagnac) « pioche ouverte Ă  angle de 75° Ă  85°, pesant 2 Ă  4 kg. 

ArpaRJourdan

Etymologie :  voir FEW XIII/2, 278a  *trincare « diviser en trois Â» . Aveyron trinqua « biner une terre Â» A la page suivante du FEW un grand nombre d’attestations surtout de l’occitan de trenca « pioche, houe Â» etc. principalement dans le domaine languedocien.  Voir aussi le Thesoc s.v. houe

Lisez l’article arpa de rompuda sur le travail pĂ©nible du dĂ©foncement d’une vigne avant 1914.

Tranchée, anglais trenche.

Lisez l’article consacrĂ© Ă  la Grande Guerre dans le New York Times.

Metge, mege ‘mĂ©decin’

Metge « mĂ©decin ; guĂ©risseur, rebouteux Â» mege (Camargue) est la forme rĂ©guliĂšre du latin medicus. FEW VI/1,604.  Le Donatz proensal traduit mezinar « medicinam dare Â»  donner des mĂ©dicaments.

Le mot actuel medecin , dĂ©rivĂ© de medicina n’apparaĂźt en ancien occitan et en ancien français qu’au xve siĂšcle quand le mĂ©decin devient quelqu’un qui a un statut scientifique et social. C’est Ă  partir de cette Ă©poque  que le mot metge  prend le sens de « guĂ©risseur, charlatan Â» ou « vĂ©tĂ©rinaire Â», mais pas partout.  En 1451 le conseil municipal d’Apt  dĂ©cide de rĂ©soudre le problĂšme de la dĂ©sertification mĂ©dicale ainsi:

(Extrait de l’article de F.Sauve, Les Services publics communaux et les abonnements en nature au Moyen Age dans la rĂ©gion AptĂ©sienne.  Annales de la SociĂ©tĂ© d’Etudes provençales 5 (1908). Aix-en-Provence. )pp.1-22;89-110.

 Encore plus savant que le mĂ©decin est le docteur qui a le droit d’enseigner, ou qui a soutenu une thĂšse. Tout mĂ©decin n’est donc pas docteur. Attention avec le mot doctor en anglais. Le verbe to doctor signifie « falsifier, bricoler, trafiquer, bidouiller Â» en slang. Ce n’est pas trĂšs Ă©loignĂ© de notre mege. En Angleterre doctor a dog veut dire « castrer un chien Â»!

charlatan

On reconnaßt un médecin au stéthoscope.;;;;

Une amie me signale qu’en Provence il y avait lou mĂ©gĂ©  de l’estĂ©lan « le mĂ©decin des Ă©toiles Â»   .   L’  Estelan est le « ciel Ă©toilĂ© Â» d’aprĂšs Mistral. Estelan est un dĂ©rivĂ© rare de stella « Ă©toile Â». Voir FEW XII,253b en haut de la page.

En ancien wallon est attestĂ©e l’expression celestis mede avec le sens « Dieu Â».  S’agit-il du mĂȘme emploi au figurĂ©?

Paradelle "oseille des champs"

Paradelle  « oseille des champs, rumex des prĂ©s Â» Un visiteur m’écrit:

 je me souviens aussi qu’ils (les gens de Brive-la-Gaillarde) appelaient les Rumex dans les prĂ©s padarelles ou paradelles. Quand j’ai demandĂ© si c’était l’un ou l’autre, on m’a rĂ©pondu : c’est pareil


En français cette plante s’appelait autrefois  parelle « Plante fort commune, & qui croĂźt par-tout dans les terres incultes. Ses feuilles ressemblent Ă  celles de l’oseille, mais elles sont plus longues. Sa racine est grosse comme le doigt, jaune & d’un goĂ»t amer. On l’emploie contre la jaunisse, le scorbut, & les maladies de la peau.  Â»  Ce nom a disparu depuis le XVIIIe siĂšcle.  La dĂ©finition donnĂ©e ici vient de la 4e Ă©dition du Dictionnaire de l’AcadĂ©mie française (1762) s.v. patience vers lequel il renvoie sous parelle.

Etymologie. Une premiĂšre attestation date du Xe siĂšcle et se trouve  dans un glossaire qui explique des mots difficiles  1: lapacinum parada. Lapacinum  est une sorte d’oseille. Dans mon dictionnaire latin est mentionnĂ© lapathium « patience, sorte d’oseille’ et lapathum  du grec Î»Î±Ï€Î±ÎžÎżÎœ de Î»Î±Ï€Î±Î¶Î”ÎčÎœ « relĂącher le ventre Â»; le lapathum « patience Â»  est un remĂšde pour les estomacs fatiguĂ©s.  J’en parle parce que d’aprĂšs une recette de grand-mĂšre  les paradelles ont des propriĂ©tĂ©s purgatives et reminĂ©ralisantes.  Le TLF Ă©crit s.v. patience « Plante voisine de l’oseille (rumex vulgaris) utilisĂ©e pour ses propriĂ©tĂ©s toniques et dĂ©puratives. Â» D’autres patiences sont utilisĂ©es dans l’homĂ©opathie et la phytothĂ©rapie.  Ces connaissances nous viennent de loin! Le sens du mot grec le prouve.  Dans une note le FEW cite le mĂ©decin italien Matteo Silvatico (1285-1342) qui dans son Opus Pandectarum Medicinae dĂ©crit entre autres les bienfaits du lapathiumLe fait qu’il Ă©crit lapatium 
 vel parella prouverait que  Matteo Silvatico  est passĂ© par l’UniversitĂ© de Montpellier parce que le mot parella  est inconnu en Italie.   J’ai cherchĂ© (longtemps) le texte de Silvatico et je l’ai trouvĂ©! Je suis toujours Ă©merveillĂ© par les vĂ©rifications qu’on peut faire grĂące Ă  Internet.  Ici vous trouverez la page de  Silvatico_parella de l’édition de 1526. C’est la chapĂźtre ccclxxvii (337).

Michel Prodel, spĂ©cialiste de la toponymie de la CorrĂšze,  s m’envoie le complĂ©ment  que voici:

« On peut Ă©galement consulter Macer Floridus « des vertus des plantes » – de viribus herbarum ; Chapitre LXIII ; « Herba solet lapathi volgo paratella vocari, «Le lapathum est appelĂ© communĂ©ment parelle ».« Herba solet lapathi volgo paratella vocari, «Le lapathum est appelĂ© communĂ©ment parelle ».v Disponible sur : http://remacle.org/bloodwolf/erudits/floridus/plantes.htm

Le jardin botanique de Matteo Silvatico

A partir de parada  a Ă©tĂ© formĂ©  un dĂ©rivĂ© *paratella qui n’est pas attestĂ© en latin classique, mais  il se trouve  dans des textes en latin mĂ©diĂ©val dĂšs le XIIIe siĂšcle.   Le type paradelle  est rĂ©pandu dans tout le domaine d’oĂŻl, dans l’ouest de l’occitan,  en catalan paradella, panadella  et dans des parlers flamands nĂ©erlandais  pardelle.

Les formes occitanes sont assez disparates: paradelo, panadelo (Castres), porodĂšlo, poryĂšlo, padriel, et mĂȘme un pornozyĂ©lo  Ă  Meyronne (Lot). Les habitants de Brive-la-Gaillarde avaient donc raison. Le  Thesoc ne  connaĂźt pas le type paradelle,  mais atteste une   forme sanadelles qui a dĂ» naĂźtre grĂące Ă  l’emploi de la plante dans la mĂ©decine populaire.

Les variĂ©tĂ©s de rumex  dĂ©signĂ©es par le type paratella   sont en gĂ©nĂ©ral celles qui,  hĂąchĂ©es et cuites, servaient  comme aliments pour les animaux.  Ce qui ne se fait plus du tout.  La plante pose plutĂŽt de gros problĂšmes.

Michel Prodel,

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  1. Le vol.3 du Corpus Glossariorum Latinorum publiĂ© par Georg Götz; Leipzig 1888-1901,  est consultable sur Internet Archiv ↩

Luchet, luquet

Luchet, lutsĂš, litsĂš, likĂš « bĂȘche Â» (dĂ©partements . 07, 11, 30, 34, et 84  d’aprĂšs le Thesoc). PremiĂšre attestation dans Du Cange : Luquet, in Inventar, ann. 1449. ex Tabul. D. VenciĂŠ : Unum Luquet de metallis. Lucet. vero ligonem, vulgo Pioche, sonat in Lit. remiss. ann. 1394. ex [] Reg. 146. Chartoph. reg. ch. 353 : Un oustil Ă  pionnier, nommĂ© Lucet... Icellui varlet hauça ledit Lucet et voult fĂ©rir le suppliant. (Lien vers Gallica).

Le FEW XVI, 484 rattache la forme occitane Ă  l’étymon *lotja, qui a donnĂ© français louche, louchet(cf. TLF louchet), mais il n’y a pas d’explication pour le -ĂŒ- occitan.

Il semble que français louche est empruntĂ© au nĂ©erlandais loet « outil pour puiser; racler Â», moyen nĂ©erlandais lote « rateau Â». Le problĂšme est que les attestations anciennes du type louche ne se trouvent que dans le Nord de la langue d’oĂŻl : picard, normand, wallon. A la mĂȘme famille appartient Ă  mon avis :
Luquet « loquet Â» Dans les langues germaniques il y a souvent des alternances vocaliques appelĂ©es « Ablaut Â», par ex. en allemand moderne ou<>ĂŒ dans Buch « livre Â» BĂŒcher « livres Â». Il semble que la racine *lotja a donnĂ© une forme loc, loch « trou Â» d’un cotĂ© et avec alternance vocalique lĂŒka « ouverture dans un mur Â». Par la suite lĂŒka a pris le sens de « panel mobile devant l’ouverture dans un mur Â» > « volet Â». En nĂ©erlandais nous trouvons les deux formes : loket « guichet Â» et luik « volet Â» et luiken « fermer Â» participe passĂ© geloken « fermĂ© Â».
Mais en languedocien le verbe gotique *-lukan a gardĂ© le sens de  Â» faire des trous (dans la terre) Â» > Â» bĂȘcher Â» et que lou luquet « bĂȘche Â» est l’outil. Ailleurs dans une zone beaucoup plus Ă©tendue occitane et franco-provençale, luquet avait pris le sens « loquet Â», (attestĂ©e depuis la moitiĂ© du 14e siĂšcle Ă  Agen Carcassonne, Arles), Ă  partir du sens « volet Â».  Un « volet Â» sert Ă  fermer le trou dans un mur.
Un emprunt au nĂ©erlandais par l’occitan me semble peu probable. Le problĂšme qui reste est le fait que les premiĂšres attestations de ces mots sont relativement rĂ©centes.
Remarque : Le Thesoc rattache Lafitte-sur-Lot (dep.47), Puynormand et Velines (33) au type français loquet, mais les formes prĂ©sentent bien un -ĂŒ-.

Loupe triplet 20x

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MĂšlsa

MĂšlsa s.f. « rate Â» organe lymphoĂŻde situĂ© dans l’hypocondre gauche. Les Romains appellaient la rate splen, mot qu’ils avaient empruntĂ© aux Grecs et qui a donnĂ© en français spleen « Ă‰tat affectif, plus ou moins durable, de mĂ©lancolie sans cause apparente et pouvant aller de l’ennui, la tristesse vague au dĂ©goĂ»t de l’existence Â». Spleen a Ă©te empruntĂ© au milieu du 18e siĂšcle Ă  l’anglais, qui l’avait empruntĂ© Ă  l’ancien français esplen « rate Â».  Au moyen Ăąge la rate Ă©tait considĂ©rĂ©e comme le siĂšge de la mĂ©lancholie. (TLF). Voir aussi hypocondriaque dĂ©rivĂ© de hypocondre « Chacune des parties latĂ©rales de l’abdomen, situĂ©es sous le bord infĂ©rieur des cĂŽtes, de part et d’autre de l’épigastre Â» (TLF)

Spleen
Quand le ciel bas et lourd pĂšse comme un couvercle
Sur l’esprit gĂ©missant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits

.suite
.

Charles BAUDELAIRE

Le nom latin splen a abouti Ă  esplen en ancien français (voir Godefroy) et ‘a Ă©tĂ© conservĂ© en sarde et en rĂ©toroman. Ailleurs dans la Romania il a Ă©tĂ© remplacĂ© par un reprĂ©sentant du germanique miltia, nĂ©erlandais milt, allemand milz, en moyen anglais mylthe. Italien milza, catalan et occitan melsa.

Pour l’occitan les donnĂ©es du Thesoc sont loin d’ĂȘtre complĂštes, mais elles montrent que dans les dĂ©partements de ouest de l’occitan nous trouvons les deux mots rata et melsa pour « rate du porc Â». Le type mĂšlsa domine dans un grande partie de l’occitan, Ă  l’exception de l’auvergnat et du pĂ©rigourdin, en fancoprovençal, en franc-comtois, en lorrain et en wallon. LĂ  oĂč le mot plus ancien rata ou son dĂ©rivĂ© ratella s’est maintenu, le type melsa dĂ©signe la rate des animaux de boucherie. Il n’est pas improbable que le prestige de la langue nationale Ă  contribuĂ© Ă  cette Ă©volution, comparable Ă  celle du metge qui de « mĂ©decin Â» est devenu « vĂ©tĂ©rinaire Â». Voir metge.

L’étymologie de rata ou ratella est inconnue. Le rattachement au nĂ©erlandais raat « rayon Â» dans honingraat « rayon de miel Â» (FEW XVI, 673) semble trĂšs douteux. Un type germanique (h)rata avec le sens « rayon de miel Â» est dĂ©jĂ  attestĂ© dans les Gloses de Reichenau comme explication du latin favum : « favum frata mellis Â» (Source). Ce type germanique a abouti rĂ©guliĂšrement Ă  rĂ©e « rayon Â» en ancien français (Gdf). Rate serait donc un emprunt rĂ©cent, mais le germanique rata ne signifie nulle part « rate Â».

Troublant est la dĂ©finition de Uno mĂšusso de porc « une raie de cochon Â» par Mistral. Quelle est sa source? Ou s’agit d’une faute de frappe?? rate > raie.
Il reste d’autres mystĂšres Ă  Ă©lucider. Pourquoi et comment le mot germanique a-t-il pu se substituer au mot latin, non pas dans le domaine d’oĂŻl, mais dans le domaine d’oc? La premiĂšre attestation en ancien occitan date du XIVe siĂšcle, une pĂ©riode oĂč les Gothes avaient disparu depuis longtemps. Comment expliquer la forme meufo qu’on trouve en francoprovençal mais aussi Ă  Marseille?

Melsat  Â» espĂšce de gros saucisson fait avec de la viande de porc, de la mie de pain, des oeufs, des assaisonnements nĂ©cessaires Â»(Sauvages S2) est dĂ©rivĂ© de melsa.