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Robert Geuljans le 22 Juil 2011 dans
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Boulechou « filet de pĂȘche utilisĂ© sur lâĂ©tang (sc. de Thau), tirĂ© par deux nacelles » (CovĂšs). Alibert boleg, bolieg « boulier (filet de pĂȘche); pĂȘche Ă la traĂźne. DĂ©rivĂ© bolejon « filet de pĂȘche Ă mailles Ă©troites ». Catalan bolitx. Bouletchou vient du grec ÎČÎżÎ»ÎżÏ (bolos) empruntĂ© par les Romains > latin bolus « coup de filet ». Une vidĂ©o sur la pĂȘche au bouletchou. Ă MĂšze.
Le boulechou [boulĂ©tchou] qui sâappelle ailleurs bouliĂ©, bouliech (Mistral) et en ancien occitan bolech (Levy) a subi une mĂ©tamorphose en passant au français pour devenir un »boulier« .

Pourtant le boulechou « boulier » nâa rien Ă voir avec la pĂ©tanque.
Lâhistoire de ce mot est assez amusante et montre lâignorance des Français de la langue occitane. En occitan existe le mot bĂČu « coup de filet; produit dâune pĂȘche par bateau; poste que doit occuper un pĂȘcheur pour ne point endommager les filets des autres ». Mistral donne les formes bĂČu, vol et bol pour le languedocien. Tira lou bĂČu « lever le filet ». LâĂ©tymologie de ce mot est le latin bolus « coup de filet » ou directement le grec ÎČÎżÎ»ÎżÏ .
Mais il y a un autre bĂČu ou buou en occitan. Il faut dire que ce bĂČu venant du latin bovem « boeuf », est plus connu et les francophones ont confondu bolus > bĂČu « coup de filet » et bovem > bĂČu « boeuf » de sorte que nous trouvons dans le TLF s.v. boeuf : « Bateau-bĆuf, chalut-bĆuf. Le chalut-bĆuf est un filet tirĂ© par deux bateaux opĂ©rant comme une paire de bĆufs traĂźnant une charrue« (A. BOYER, Les PĂȘches mar., 1967, p. 54). » Cette explication de A.Boyer est erronnĂ©e bien sĂ»r. Il sâagit dâune forme dâexplication quâon appelle Ă©tymologie populaire, mais lâimage est tellement forte quâon a appelĂ© le mĂȘme type de filet tirĂ© par un seul bateau une vache.(Je nâai pas encore retrouvĂ© lâattestation). Voir pour une histoire analogue lâarticle ser volant.

une vache
DâaprĂšs le TLF le boulechou sâappelle en français la « dreige », le « gangui », la « drague » ou « chalut » (âŠ) et est constituĂ© par une poche conique ou quadrangulaire fabriquĂ©e en filet, qui est traĂźnĂ©e sur le fond, lâouverture bĂ©ante (BOYER, PĂȘches mar., 1967, p. 53).

Mon texte et lâimage ci-dessus viennent de Henri de la BlanchĂšre, La pĂȘche et les poissons. Paris 1868. Vous voyez quâen 1830, bien avant les dĂ©crets de Bruxelles, il y avait dĂ©jĂ une rĂ©glementation trĂšs stricte concernant la pĂȘche avec lou boulechou.
Le contrĂŽle nâa pas Ă©tĂ© assez sĂ©vĂšre, puisque de nos jours le Chalut pĂ©lagique ou le boulouchou ou boulier ou gangui est un piĂšge Ă cĂ©tacĂ©s. Prises accessoires de cĂ©tacĂ©s, une menace pour la biodiversitĂ©.La flotte française de chalutiers pĂ©lagiques est, de loin, la plus importante dâEurope. Voir le site de Greenpeace pour plus dâinformation.
Le mot français boulier « long filet Ă poche traĂźnĂ© par bateau le long des cĂŽtes ou tendu aux embouchures des Ă©tangs salĂ©s » est un emprunt Ă lâoccitan. Le dictionnaire de Bescherelle de 1845 hĂ©site entre diffĂ©rentes graphies : boulier, bouliĂšche, boulliĂšre, bouillette, bouliche, boulĂšch. Voir Ă ce propos le TLFboulier.
Le fils de Raymond Jourdan de Montagnac mâa envoyĂ© en commentaire :
Bonjour,
dans ses souvenirs, mon pĂšre Ă©voque un bateau, au Grau dâAgde, quâil appelle « mourrĂ© dĂ© porc »(bateau Ă lâĂ©trave camarde) qui servait pour la pĂȘche avec un filet tirĂ© par deux bateaux appelĂ©s en français bateaux-boeufs.
Dans Mistral (page 1078), je trouve Ă lâarticle VACO, BACO, BAQUE, VACHO la dĂ©finition suivante :
« faire la vaco » : se dit dâune tartane qui traĂźne un filet de pĂȘche, par opposition à « faire lou buou », qui se dit de deux tartanes qui traĂźnent un filet de conserve.
On retrouve donc la vache et le boeuf comme vocabulaire de la pĂȘche en MĂ©diterranĂ©e.
Jâaimerais connaĂźtre la source de Mistral. Dans son article boulier, boulietch il Ă©crit que le bouliech est une mĂ©thode de pĂȘche sĂ©toise.

La forme bĂČu du latin bovis « boeuf » est trĂšs, trĂšs rare en occitan, et mĂȘme inconnue en languedocien oĂč on dit biou (Voir le Thesoc). BĂČu, bol signifie « coup de filet » et vient en effet du grec ÎČÎżÎ»ÎżÏ comme il Ă©crit. A un moment quelquâun, un estranger ?, a confondu le bĂČu et le biou, pour rigoler, ce qui a abouti au chalut-boeuf, et la vache. Faire un bĂČu blanc « ne rien prendre » (Mistral).